FABRE, sculpteurs de père en fils.

 Objets inanimés avez-vous donc une âme

Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? 

Lamartine 

 

 

 

Angelo Michel Louis  Fabre, mon grand-père , est  né à Paris  en 1882 où il a appris son métier.

 

Angelo Louis Raymond Fabre ,mon Papa , né à Paris en 1905 , arrivé en Belgique en 1906 , a été formé par son père et a suivi les cours de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.

 

     Une partie du travail de Papa et de son père, a été , entre autres,  l'élaboration de maquettes diverses : dans les domaines public , privé ou industriel.

 Outre les maquettes , leur travail comprenait aussi les bas-reliefs, les luminaires, la quincaillerie de bâtiment etc. . .

Je retrace ici leur parcours professionnel et familial.

 

Angelo Michel Louis Fabre , mon grand-père , né à Paris le 05 08 1882  , est le fils de Gui Fabre né à Roanne St Mary dans le Cantal et de Jeanne Genar née à Bruxelles.

 

En 1904 , il épouse, à Paris, Victorine Clara Rebuffel née à Castellane dans les Basses Alpes (actuellement Alpes de Haute Provence ).

 

J'ai trouvé dans des documents de Papa  une page dessinée par Caran d'Ache et reproduite dans le journal humoristique "Le Rire" du 2 novembre 1895 .

Sans doute mon grand-père avait-il apprécié ce clin d’œil qui lui convenait si bien !

de Madrid à Bayonne . . .
de Madrid à Bayonne . . .
de Bayonne à Paris . . .
de Bayonne à Paris . . .
de Paris à Strasbourg. . .
de Paris à Strasbourg. . .
de Strasbourg à Munich . . .
de Strasbourg à Munich . . .
de Munich à Vienne . . .
de Munich à Vienne . . .
de Vienne à Varsovie . . .
de Vienne à Varsovie . . .
de Varsovie à Moscou . . .
de Varsovie à Moscou . . .

Né au domicile de ses parents ,92 rue d'Alleray à Paris XVè. ,

j'ignore si mon grand-père habitait encore à cet endroit lorsque,

à 12 ans ,en 1894 , il fréquentait  

l'Ecole Communale pour garçons rue Blomet à Paris XVè .

 

Il y  reçoit une mention Honorable comme ayant approché le Prix du Travail Manuel.

 

 Le 29 juillet 1896 , Nouveau diplôme :

-Progrès et bonnes places en :

-Lecture et Récitation ,

-Histoire naturelle,

-Dessin linéaire,

-Musique .

1er Prix en dessin d'Art.

 

 Quelques années plus tard , il obtient le Premier prix des Arts Décoratifs de Paris.

Il exerce désormais  la profession de sculpteur ornemaniste . 

 

Vers 1902 ,il a 20 ans ,  sans doute au moment où il a reçu ce premier prix: il porte la lavallière des artistes de cette époque . 

Il a bon caractère , est joyeux , joue de la mandoline lorsqu'il ne dessine ou ne sculpte pas , bref il a tout pour séduire ! 

Il rencontre Victorine Rebuffel , ils tombent amoureux et se marient .

Ils ont 22 et 21 ans. 

 Au moment de leur mariage ,le 23 décembre 1904 ,  mes grands-parents vivent à Clamart . 

Lui : rue du Moulin de Pierre n°20 avec ses père et mère ;

et elle , rue de Paris n°26 avec sa mère .

 

 Un courrier datant de 1904 nous donne sa nouvelle adresse:

Monsieur Angelo Fabre 

 273 rue de Vaugirard , Paris XV.

 

 Mon grand-père exerce déjà le métier de sculpteur-décorateur sur plâtre.

 

Le 24 août 1905 ,

naissance de Angelo Louis Raymond Fabre , mon Papa ,

au domicile de ses parents : 11 rue Copreau à Paris XVè

 

.La façade de l'immeuble renseigne : " gaz aux étages"

 

Sans doute ,à Paris , mon grand-père avait-il eu la chance de travailler dans un atelier réputé.

 Quelques temps après la naissance de Papa il reçoit la visite d'un certain  Alban Chambon qui lui propose de venir travailler quelques temps avec lui à Bruxelles.

En quoi consiste le travail ?

Poursuivre les travaux de décoration de l'Hôtel Métropole à Bruxelles.

 

 "Chambon va alors mettre au point une méthode de conception qui associe l’esquisse et le dessin au modèle réduit ou grandeur en plâtre qui lui permet de vérifier les proportions et les ombres."

Extrait de "Courrier de l'Architecte"

 

 A Bruxelles ,en 1906, Alban Chambon avait la cote et le travail ne manquait pas ,résultat :le départ pour  "quelques temps à Bruxelles" est devenu définitif !

(C'est  de cette période , sans doute, que date la photo ci-dessous,(Atelier de Chambon), retrouvée dans des documents à Papa. )

 

Et voilà comment Papa , né à Paris, est devenu bruxellois !

Vers 1906 , la petite famille s'installe rue Lincoln à Ixelles , tandis que mon grand-père travaille à l'atelier d'Alban Chambon rue de Livourne 128 . 

La famille s'agrandit et fait souche à Bruxelles :

En 1907, naissance de Raymond ,

et en 1912, naissance d'Irène .

Ci-dessous :quelques photos de cette période et la famille rue Lincoln.

A cette époque mon grand-père travaillait beaucoup et offrait à sa famille une vie de luxe . 

Une bonne s'occupait exclusivement des enfants !

 

En me montrant ces photos Raymond disait :"nous étions habillés comme des princes !" 

 

Vers 1912 ou 1913 ,mon grand-père commence à travailler pour son propre compte .

 Il a de grands projets de développement et souhaite acheter ce beau  terrain voisin de la maison de la rue Lincoln afin d' y construire un grand atelier.

Malheureusement la guerre de 1914 s’est déclarée et le projet est oublié.

 

 Dès lors il lui a fallu se contenter  de louer son atelier . 

Cela n'a pas dû être facile : l'éclairage était très important , l'idéal est qu'il vienne du haut ou au moins que les murs soient percés de grandes fenêtres .

C'est pour cette raison, sans doute, qu'il a fallu en louer plusieurs .

Raymond se souvenait d’ Etterbeek ,  rue De Haerne, rue de l’Étang , rue de Livourne et ensuite rue de L'Orient (où vivait et  travaillait Papa  quand il a rencontré Maman. )

 

 A part le fait d'avoir renoncé à l'achat d'un terrain rue Lincoln , je n'ai guère d'informations sur la vie de mes grands-parents à cette époque .

 

 Papa avait tout juste 9 ans à la déclaration de guerre en  1914 , il se souvenait d'avoir eu faim .

 

 La faim , est-ce cette faim qui , en 1918 , a inspiré à mon grand-père ces trois croquis ? 

Après la rue Lincoln , la famille a déménagé au 659 chaussée de Waterloo à Bruxelles.

On trouve trace de cette adresse dans l'Almanach de Bruxelles(ancêtre des bottins téléphoniques) à partir de 1920 . Il faut tenir compte qu'il n'y a pas ou plus les almanachs entre 1915 et 1920 .

Sans doute Papa a-t-il fréquenté l'école communale la plus proche de la Chaussée de Waterloo.

Il y a suivi l'école primaire et ce que l'on appelait alors"le 4è degré" , soit 2 ans après les primaires : nous sommes en 1919 , Papa a 14 ans. 

 

C'est à  cet âge qu' il commence à travailler avec son père .

Et il suit aussi les cours  à l'Académie de Bruxelles .

Souvent , lorsque je me plaignais de la longueur d'un trajet à pied , il disait :" Moi, fille, j'allais à pied à l'Académie, depuis la Chaussée de Waterloo !" 

Ci-dessous : "Le Rire" travail d'Académie, 1920. et vers la même époque : Papa à l'atelier et dans la salle à manger.  

 

 Le 23 mai 1930 , mon grand-père décède des suites d'un cancer .  

Sans doute, la maladie de son père, a-t-elle obligé  Papa à travailler seul bien avant 1930.

 A son décès et selon la décision de leur mère , Papa et son son frère Raymond travaillent ensemble .

L’histoire de la famille raconte que cela s’est mal passé : les deux frères avaient des caractères totalement opposés.

 Papa s’isole dans son travail , le dimanche, il fait partie d'un club de motocyclistes ou se promène avec son fidèle chien.

Arrivé en Belgique en 1906 alors qu'il n'avait que quelques mois, le cœur de Papa  est resté Français.

Ce qui ne l’a pas empêché de faire sa vie  avec une bonne wallonne !

 Maman, Marguerite Suzanne Florine Clerbois est née à Strépy Bracquegnies le 18 février 1910.

 

Est-ce cette coupe de cheveux à la garçonne que portait Maman à cette époque qui a séduit Papa?. 

 

 Mes parents se sont mariés le 26 juillet 1934 à Etterbeek, commune dans laquelle Papa avait son atelier, rue de L'Orient.

Le repas de noce s'est déroulé au restaurant du Vert Chasseur à Uccle . (Aujourd'hui démoli).

Au début de leur mariage , à la demande de Maman ,Papa fait une nouvelle tentative de travail avec son frère . L'essai n'est pas concluant . 

 

1935-1939

 

Jette , 61 rue Saint- Norbert.

 Une vie de famille

 

A cette époque, la rue figurait juste au bord du plan de Bruxelles.

 

1935 voit un premier tournant dans la vie de mes parents : ils entrent dans la maison qu'ils ont fait bâtir à Jette, rue Saint Norbert.

Le petit bâtiment existant déjà au fond du  terrain  les avait séduits : Papa aurait, comme atelier, presque tout le rez-de-chaussée de la maison augmenté de ce petit bâtiment.

Ils en confient la construction à l'architecte Raymond d'Helft , 13 rue Stuyvenberg à Laeken.

 

La façade de la maison était couverte d'un gros crépi jaune ocre (un peu plus lumineux que la couleur de fond de cette page) : Papa aimait la Provence et cette couleur soleil.

On remarque la pergola et les géraniums auxquels Papa tenait beaucoup ! 

C'était un rêve d'artiste : la façade était plein Nord et il fallait grimper sur une vieille échelle pour atteindre la plate-forme !

 

Ce qui , de plus, était très néfaste pour la dite plate-forme ! ! !

 

1940-1946

 

C'est durant ces années de guerre, en novembre 1942 , qu'est née ma petite soeur Claudine  

Je me souviens de Papa qui  disait souvent  "Ah! quand est-ce qu'on aura du pain comme avant-guerre ?" 

C'était la deuxième fois de sa vie qu'il avait faim : mes parents faisaient partie de ces générations qui ont connu deux guerres , il ne faut pas l'oublier !

Sur le toit de la maison , la nuit , Papa observait les combats aériens.

 

Le travail ne manquait pas , par contre, pour les livraisons , c’était la galère !!

Papa s’était procuré une superbe charrette à bras. Elle était peinte en bleu clair !

Des ridelles bien adaptées empêchaient la marchandise de se briser.

Le chargement de la charrette était assuré par Papa et rien que lui , car il était le seul à connaître la fragilité des objets façonnés et, donc, la meilleure façon de les « caler » pour leur éviter les chocs!

Papa parcourait ainsi de nombreux kilomètres pour amener sa marchandise jusqu’à ses clients.

Après la guerre , vers 1946 , Papa s'est acheté sa première auto ! 

Une occasion bien sûr , mais quelle occasion ! C’était une  Impéria 1936 , sans soupapes . 

Elle avait été repeinte avec une sorte de "mirargent" ,  ce qui fait qu'elle avait été baptisée Grisette . 

On ne le distingue pas bien sur la photo , mais Il y avait sur le toit un grand porte-bagages .

 

Je me demande si ce porte-bagages n'était pas de la récup' de la charrette à bras !

Les photos ci-dessous illustrent cette période.

 

Que s'est-il passé dans les années 50?

Je ne me souviens de rien de spécial si ce n’est que papa avait beaucoup de travail.

La vie normale avait repris son cours , les adultes essayaient d’oublier la guerre.

 

 

En décembre 1955 , Papa venait d’avoir  50 ans le 24 août , mes parents ont  un gros problème . 

Papa est pris de violentes douleurs dans la poitrine : « comme si une pompe était placée au bout de chacun de mes bras et tentait de me vider »

Une crise d'angine de poitrine , pas tout-à-fait décelée comme telle , lui provoque ces pénibles douleurs . .

 

Le métier est dur parfois : les traînages entre autres. Et l'on pense plutôt à des douleurs musculaires.

Papa ne s'arrête pas à si peu de choses .

Combien de fois ne l'avions-nous pas vu travailler avec 39° de fièvre !

Cependant , une semaine plus tard survient une seconde crise .

Plus de doute : c'est une crise cardiaque (on disait pas encore un infarctus), et c'est le drame . 

Nous sommes en 1955  : comment a-t-on soigné Papa ? 

Six semaines au lit , sans bouger , à la maison . 

Deux cardiologues à son chevet , et un électrocardiogramme chaque jour .

Et pas de mutuelle : Papa est Indépendant. 

 

Maman trouve du travail à l'extérieur .

La voiture est vendue.( La chère petite 4cv avait fait ses 100.000km !))

L' atelier du rez-de-chaussée est loué à un fabricant de gaufres de Liège .

Maman fait de gros sacrifices pour garder le petit chalet que papa et elle viennent de faire bâtir à Meise.

Merci à Tatam (faire un lien) et à Andrée Clerbois, la sœur de Maman pour leur aide dans ces moments si difficiles.

 

Papa reste dans un état très critique pendant plusieurs semaines .

Il se remet lentement et récupère peu à peu durant un an.

Il marche énormément .

Il visite les chantiers de la future expo 1958 et assiste à la construction de l'Atomium.

Il profite aussi de ces moments hors de la maison pour reprendre l’habitude de fumer . . .

Petit à petit les forces reviennent et l'autorisation d'effectuer un travail léger est accordée par les médecins. 

Alors, à l'étage ,vers 1957, dans l'emplacement de la terrasse fermée, à l’arrière de la maison, on place un petit marbre sur deux tréteaux , et voilà Papa qui se remet à la besogne  : il fait des modèles et des moules en plâtre  pour les semelles en caoutchouc.

 

1959 : la maison de Jette, devenue trop grande, ne répond plus aux besoins de Papa et Maman : je suis mariée depuis 2 ans et ma petite sœur vole de ses propres ailes.

Ils la quittent et s'installent à Meise , dans leur petit chalet. 

Là, Papa s'organise encore un petit atelier. 

Il travaille au ralenti .

Quelques années de sursis , quelques années de bonheur.

Et deux grandes passions : ses petits-enfants, les photos et les diapositives !

 

Après un second infar , Papa décède le 8 juillet 1972.

 

 


 

 

  

 Cette superbe maquette ,réalisée par Papa en 1935 ,mérite bien d'accompagner ces pages que je lui réserve ainsi qu'à mon grand-père.