1945 - Quelques souvenirs de juste après la guerre.

 

Petit rappel : la  Bataille des Ardennes a eu lieu du 16 décembre 1944 au 16 janvier 1945 La Fin de la Guerre mondiale a été signée le  8 mai 1945.

Les souvenirs que je relate ici se  sont déroulés grosso-modo à partir du  20 janvier  et au cours de l’été 1945.

Et si je m'en souviens c'est grâce , en partie, aux photos de famille de cette époque .

Elles se trouvent en bas de page  sous le texte.

 

1– Le traîneau.

 

Nous sommes  vers le 20 janvier 1945 .

Il neige depuis le début du mois, comme le renseigne l’IRM dans l’extrait ci-dessous:

http://www.meteo.be/meteo/view/fr/1105437-1941-1950.html

Evénements marquants depuis 1901.

1941-1950

 

31 janvier 1945

Ce mois de janvier – l’un des plus froids du siècle – aura été marqué par un enneigement abondant sur l’ensemble du pays. En Ardenne, les rigueurs hivernales ont commencé à se manifester dès la fin décembre 1944. C'est dans cette région du pays qu'elles ont été le plus durement ressenties par les populations déjà affectées par les terribles combats de la bataille des Ardennes. De nombreux postes météorologiques du sud du pays ayant dû interrompre leurs observations pendant ces événements, les informations climatologiques dont nous disposons pour cette période sont assez réduites. A Spa – l'une des rares stations ardennaises ayant pu fonctionner une partie du mois – , la couche de neige atteint la hauteur remarquable de 49 cm le 28 janvier et le thermomètre a plongé jusqu’à –18,3°C le 25.

 

La guerre est quasi complètement terminée , les adultes sont avides de liberté et cette neige qui recouvre le pays leur communique leurs anciennes joies d’enfants .

Qui a construit le traîneau ? Sans doute Jean Van Overstraeten : son atelier de construction de machines frigorifiques équipé d’outils , à défaut de construire des frigos, a sans doute construit « le traîneau « !

Les petites filles que nous étions ,Claudine et moi, n’étant pas admises  , c’est notre voisine Madeleine Van Cutsem qui est venue jouer avec nous « dans la rue » .

 

2– La Maison chinoise et l’avenue Houba à Laeken.

 

Je situe ces photos vers avril 1945 .

Nous faisions une grande promenade avec les « Frigogel » (c’était le surnom du fabricant de frigos.).

C’est dimanche : nous sommes endimanchés .

La promenade était-elle partie de la rue St Norbert ou de l’avenue Houba où le frère de Jean tenait un café ? .

Soit , c’était l’avenue Houba , et cet espace dégagé où nous nous trouvons Claudine et moi me semble  être l’endroit où a été aménagé , quelques années plus tard, un terminus de tram.

Nous retrouvons les hommes: Papa et Jean, dans un petit bois , ce devait être  « aux petits canards » futur site de l’expo 58.

Si c’était le même jour, c’est que nous étions de fameux marcheurs, car voici encore les adultes, toujours endimanchés, près de la Maison Chinoise

En passant devant le Palais du Roi, ils ont photographié ces camions américains .

 

3- Linkebeek.

 

La guerre terminée ,les jeunes adultes qu’étaient nos parents et nos voisins , comme des milliers d’autres, éprouvaient un grand besoin de rire et tout simplement vivre !

Qui a eu cette idée de la maison de Linkebeek ? Je n’en sais rien , mais je suppose que ce devait être tout à la fois Jean Van Overstraeten ,Pierre de Fina et sans doute un petit coup de pouce de Maman..

Comment ont-ils trouvé cette petite maison près de la Vallée des Artistes ? Mystère . Sans doute l’un ou l’autre avait –il un parent ou un ami qui connaissait l’existence de cette maisonnette à louer. . .

Ce dont je me souviens c’est qu’ elle était minuscule , deux pièces en bas et un grenier en haut .

Un petit espace sur l’avant et une courette à l’arrière où devait se trouver une pompe à eau.

De la terre battue au sol et aucun confort : ni eau ( si , la pompe dans la cour à l’arrière !)ni gaz ni électricité .

Le Bonheur ! ! !

 

Presque toute la rue y venait :

Jean et May et leur fille Denise -( les Frigogel)

Pierre et Fina ,leur fils Dédé et leur nièce, Marie-Jeanne. Ainsi que  Frans, l’ami de Dédé.-

Papa et Maman et leurs filles, Claudine et moi-

Parrain Robert.

La photo de la fille indienne reste la meilleure mémoire :

Claudine, Marie-Jeanne, moi Dédé, Frans , Maman, Denise, Fina ,May, Jean, Parrain Robert et Pierre de Fina.

 

Le trajet pour y aller  était déjà , à lui seul, tout un événement :

On ne faisait pas de photos à tire larigot comme maintenant à cette époque ! Donc : pas de photos du trajet !

Heureusement, ma mémoire est là , dommage que je possède pas ce don du dessin de Papa !!

Nous étions tous , sauf parrain Robert, domiciliés rue St Norbert à Jette, à une petite demi-heure  de l’Hôpital Brugmann et du terminus du tram 9 .Le trajet se faisait d’un terminus à l’autre.

C’était très gai , nous avions le tram pour nous seuls , du moins au début , plus tard, il fallait se tenir comme il faut et céder sa place éventuellement. Puis le tram se vidait petit à petit , signe que nous arrivions à l‘autre terminus  , ce devait être Uccle Callevoet .

Avec un peu de chance nous avions alors un 9 barré  qui nous rapprochait de la maisonnette.

Sans lui, nous continuions la route à pied .

Au passage, Pierre de Fina me montrait le « four crématoire » du cimetière d’Uccle et m’en expliquait l’usage . . .

Ensuite la vieille ferme du Moulin rose , toute rose au milieu de la nature méritait un temps d’arrêt pour être admirée , au grand soulagement de nos petites jambes d’enfants !

 

Arrivés à destination , il nous est arrivé de voir la voisine couper une branche au buisson qui bordait l’autre côté de la rue . Elle en a ôté  les feuilles, et, munie de ce martinet en a frappé le corps de son petit-fils , à peine plus âgé que ma petite sœur Claudine . Quelle frayeur ! L’enfant criait et la femme lui serinait des mots dans son patois flamand tout en continuant à le frapper.

On nous a dit que l’enfant avait sans doute été méchant : il était temps de bien nous tenir ! ! !

 

Le grenier avait été aménagé en « dortoir » : un peu de paille ? Et une couverture pour chacun . Nous dormions tous ensemble sauf le couple Frigogel qui avait eu droit à la petite « chambre » isolée du reste du grenier par quelques planches. La décoration en avait été assurée par Papa et Maman : Les  murs blancs chaulés étaient égayés de motifs bleus appliqués au pochoir ( représentant quoi ?).

 

Je me souviens de quelques éléments marquants durant ces séjours « à la campagne » :

1/Les jeux d’eau.

Il faisait chaud , et les adultes ont commencé une bataille d’eau mémorable ! On entrait par devant, on traversait la maisonnette , on remplissait un récipient à la pompe et on en arrosait tout ce qui bougeait ! Les enfants, contrairement au traîneau, participaient au jeu ! ! !

 

2/Le déguisement de Pierre de Fina  et Jean Frigogel en Hitler et Staline.

 Il a fallu l’explication de Maman pour que je comprenne, évidemment!

 

3/Les promenades dans les « montagnes »  de la vallée des artistes .

Pour nous, les petites filles, cela paraissait être aussi haut que le Mont Blanc à la différence que le sol était sablonneux .

Pour ne pas perdre l’équilibre dans les pentes, Pierre de Fina m’expliquait comment poser mes petits pieds parallèlement à la petite route en contrebas.

La petite route en question longeait un tout petit ruisseau sur lequel des petits ponts étaient aménagés pour permettre l’entrée aux  maisons d’habitation. Claudine et moi, avions eu l’autorisation de marcher dans l’eau et de passer sous les ponts : quelles expéditions ! ! !

 

4/ La pension « les Lutins » à Bredene.

 

Ce devait être en juillet 1945.

 Était-ce parce que le travail avait sans doute repris dans l’atelier de Papa ou parce que Maman , qui avait beaucoup vécu à la mer pendant sa jeunesse , souhaitait qu’après cette guerre nous reprenions des forces et de bonnes couleurs , ou les deux ensemble ? bref , nous nous sommes retrouvées en pension Claudine et moi.

Des amis à Tatam , Roger et Alice , étaient pharmaciens à Bredene .

A quelques pas de chez eux se trouvait  une maison d’habitation familiale aménagée en pension pour enfants :  « Les Lutins » .

Nous y avons passé 15 jours ou 1 mois, je ne sais plus , cela ne change rien à mes tristes souvenirs :

 

1/ Les enfants étaient presque tous  flamands : l’échange verbal s’en retrouvait réduit !

2/A part la petite dizaine qui partageaient notre « dortoir » ,les enfants étaient plus grands que nous. La plupart étaient des garçons . Des enfants orphelins de guerre peut-être ?

Lorsqu’il étaient difficiles , on les emmenait dans un local d’où ils revenaient les genoux marqués de points rouges: les plus grands disaient qu’on les avait obligés à rester à genoux sur des planches à clous . . .

3/ Ma petite sœur , qui était encore un toute petite sœur, (elle allait avoir trois ans en novembre ), pleurait après Maman tous les soirs . Dans le dortoir , il a fallu placer son petit lit à barreaux contre le mien , pour que je puisse lui tenir la main. La Directrice , soucieuse de la bonne tenue de sa maison , avait regroupé tous les lits par deux !

Mais un soir, Claudine pleurait tellement, que la Directrice l’a prise dans son propre lit pour le reste de la nuit !

Aussi , les visites de Papa et Maman étaient-elles discrètes.

Par Alice qui essayait de me voir à la plage en cachette de Claudine , je savais quand mes parents seraient sur les dunes à nous observer !

4/ Sur la plage , il arrivait très souvent que des trompettes annoncent l’obligation de se mettre à l’abri : on faisait sauter les bunkers , derniers vestiges de la guerre.

 

5/ Enfin pour chlore ce chapitre de mes souvenirs de l’après-guerre , j’ajoute ces quelques photos d’époque :

 

1/ Rue Marie Christine à Laeken , je me promène tenant bien la main de Julia  à gauche, et Madeleine Van Cutsem à droite .

 

2/ Sur la Place de la Monnaie, à Bruxelles :Parrain Robert, Maman , Claudine et moi.

On voit derrière nous l’entrée des Galerie Anspach.

 

3/  Denise et May (Frigogel) . Les deux femmes se promènent en ville et découvrent avec bonheur les vitrines déjà mieux achalandées.

 

4/ Au Parc des « petits bateaux » au Heizel .

Dans la barque à gauche :Christine, moi, André .

À droite : Paula, la sœur d’André et Madeleine.

Ils étaient mes voisins de la rue St Norbert à Jette et m’ emmenaient souvent avec eux . . . Quand Maman le permettait ! ! !

 

5/ Je ne suis pas certaine de la période, mais il semble que ce n’était pas la guerre , ce serait en 1945.

De gauche à droite :

Jean Baert et Andrée Clerbois, sa mère et sœur de Maman. Parrain Robert et Maman.

 

2016 11 20

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