Etés 1946 et 1947

    Simone Mabila et nous.

 

 

Eté 1946 , la France envoie en Belgique un groupe d’enfants, orphelins de guerre .

Maman , elle-même orpheline de guerre en 1917 laisse parler son cœur et recueille, le temps des grandes vacances, une petite fille un rien plus âgée que moi: Simone Mabila.

Sa sœur, Ginette, a été recueillie par une famille de Boistfort.

Les deux familles se sont liées d’amitié.

Nous étions encore des petites filles contentes de jouer à la dînette  au soleil et sur le pas de la porte de notre maison de la rue St Norbert à Jette.

C’était bien plus gai que la pension « les Lutins » à Bredene !!

Seule ombre au tableau et dont je me souviens bien: les vacances scolaires françaises de l’époque duraient trois mois ! Ce qui permettait à Simone de rester à la maison alors que moi je devais reprendre le chemin de l’école !

Ci-dessous, quelques photos de cette 1946:

- A Bruxelles , Simone Maman et moi .Nous sommes à Bruxelles,à la sortie de la rue Neuve , nous entrons sur la place de La Monnaie.

- A Jette, devant la maison rue St Norbert.

Maman est dans l'encoignure de la porte, on voit l'ombre de Papa qui nous photographie et sur la fenêtre , à gauche, on peut lire "maquettes" .

- Le même jour au même endroit : Sur la fenêtre du milieu on devine : "Art et Luxe , Décoration."

Cela devait être un nouveau nom , pour un nouvel essor, une nouvelle vie après la guerre.

 - Enfin à Audenaerde , on voir Papa et les demoiselles Ambrosiny : Simone Mabila se tient devant Loulou (qui m'emmènera à Nice plus tard) ensuite ma petite soeur Claudine et Léo .près de moi . Je crois que c'est la seule photo avec les deux soeurs Ambrosiny . 

2016 11 24 

Eté 1947 :

 Simone passe encore l’été avec nous. Mais dommage pour elle, Maman réussit à la faire admettre en classe avec moi pour la durée du mois de septembre.

(Le mois de juin que j’ai passé à Nice avec mademoiselle Ambrosiny se trouve ici .)

Lorsque je suis rentrée en Belgique, Simone était déjà arrivée chez nous .

Maman et Papa avaient organisé, pour nos vacances, un  séjour à la mer , au Coq exactement.

Ce n’était plus en colonie de vacances mais en camping !

 D’après les photos, il semble que nous ayons passé le mois de juillet avec Tante Jeanne ( la soeur de Fina, notre voisine)et sa fille Marie-Jeanne, tandis que Maman serait restée avec nous durant le mois d’août . Papa ‘ à bord de son Impéria Sans soupapes dite « la Grisette » nous rejoignait sans doute selon les possibilités de son travail .

Ah ! Le camping de 1947 ! ! ! (Cet été a été superbe , je crois qu’il a fait soleil durant les deux mois de vacances , ce qui facilitait grandement la vie ! ! ! )

Cela se passait dans une prairie attenante au corps de logis d’une ferme.

Papa et Maman s’étaient fournis en matériel de camping dans un « Stock américain » , les premiers du genre à cette époque !

Une tente « canadienne » devait nous loger : Tante Jeanne et sa fille Marie-Jeanne, Claudine, Simone et moi.

Trois vrais lits de camp militaires placés en U sur lesquels se trouvaient de grands coussins qui servaient de housses à literie le jour et housses à vêtements la nuit, formaient le séjour ou la chambre.

Maman avait embelli les housses de belles broderies à la grosse laine , c’était du plus bel effet !

Une vieille malle en bois posée sur le flan après être passée par les mains de Papa était devenue un superbe vaisselier ! ! !

Au côté ombragé de la tente Papa avait placé un garde-manger . . .les frigos ne faisaient pas encore partie de camping !

Un WC « de campagne » non loin de nous achevait le confort du lieu ! ! !

L’eau était courante quelque part , à la ferme même ou dans la maison voisine, où nous allions , souvent Simone et moi, remplir la cruche ad hoc , c’était une grosse corvée !

 

 

 Les journées me semblaient courtes et bien remplies .

Comme je revenais de mon séjour chez Mademoiselle Ambrosiny à Nice , Maman m’avait acheté un stock de cartes postales vertes « pour l’étranger » et m’avait obligée à écrire tous les jours à « la gentille demoiselle qui m’avait emmenée à Nice » ! Bien souvent, lorsque j’étais à court d’idées, Tante Jeanne m’aidait : « Raconte lui que la mouche est venue dans le garde-manger ! » Merci Tante Jeanne ce sera une bonne histoire , mais quel dommage tout de même d’avoir retrouvé ce bon pain de viande, cuit la veille dans le four de la fermière , et sur lequel nous n’avions encre fait qu’un seul repas, tout couvert d’œufs de mouches  ! ! !

Quelques jours plus tard, c’est notre WC de campagne qui en était infesté, mais là , ce n’était plus de simples œufs: les asticots couraient partout ! !

Une autre suggestion pour mon courrier à Mademoiselle Ambrosiny, était le récit du goûter ! Chaque après-midi nous partions nous promener avec tante Jeanne . La ferme étant assez éloignée de la plage,  y aller était en soi une belle promenade. Nous mangions donc notre goûter préparé par tante Jeanne aussi bien dans une prairie qu’à la plage. A chaque fois c’était le même rituel , lorsque les enfants sont assis, tante Jeanne pose la question « que veux-tu : From?Cass? Conf ? » Et cela nous faisais rire ! !  (Fromage, cassonade ou confiture) .

 

Sur certaines photos apparaissent une petite fille : Marie-Claire Cludts et une grande tente militaire foncée et ronde comme un chapiteau de cirque , c’est la tente de la famille Cludts. Les Cludts étaient nos voisins rue St Norbert, Monsieur Cludts dit « Frèy » était boucher.

De ce séjour au Coq, Madame Cludts, qui n’avait jamais vu la mer, a été tellement éblouie que l’année suivante elle y a acheté une vieille ferme !

 

L’été fini , tous les bagages entassés dans  la prairie , nous sommes allés saluer le propriétaire . A notre retour, le chat blanc égaré que nous avions nourri de temps à autre s’était couché sur le tas de bagages . . . Il est rentré avec nous . C’était une chatte, nous l’avons baptisée Blanchette !

 

 L’année suivante forts de la réussite du séjour, Papa et Maman ont choisi un vrai terrain de camping  : c’était à Bredene !

Hélàs; le temps cette année-là était vraiment belge ! Ma petite sœur , fragile des oreilles a été malade . . .sans doute le séjour a-t-il été écourté, je ne me souviens plus. Mais je sais que tout le matériel a été liquidé . . .c’était la fin de l’épisode camping !

 Ci-dessous les photos de cet épisode ! On y voit Ginette, la soeur de Simone et une lettre de Dédé, son frère aîné .Il y a aussi Tante Jeanne et sa  fille Marie Jeanne , Tatam et son ami Maurice Tourneur ,Marie-Claire Cludts , Clémy Struys(un petit cousin à Maman)  à Blankenberge ,les Frigogel au Coq , et la Grisette de Papa.

 24 11 2016

Ce 30 décembre 2017 , je viens de parcourir ce  site  : "Déportés politiques à Auschwitz -le convoi du 6 juillet 1942" qui parle, entre autres, de René Mabila , le papa de Simone .