Les Ambrosinettes.

 

Avant de devenir une Ambrosinette et sur les conseils du Dr Périer, pédiatre, j’ai suivi des cours de gymnastique chez une demoiselle , avenue Ernest Salu à Laeken.( Mademoiselle Mornar ? Non : Melle Mornar était une jettoise connue à l'école de la rue Esseghem.)

J’avais paraît-il , une déviation de la colonne vertébrale .

Combien de temps ai-je suivi ce cours ?

Une année scolaire sans doute .

Ensuite, Maman a estimé  que je commençais à marcher comme un garçon.. ..

Quelqu’un lui a renseigné « les Ambrosinettes » et voilà , comment nous sommes devenues Ambrosinettes, ma petite sœur et moi .

Pour les petites filles , le cours de danse était plus gai que le cours de gymnastique, dans la mesure où nous avions l’occasion de porter des costumes bien plus beaux que la petite culotte noire de gym. ! ! !!

 

 Petit regret ,l’exigence de Maman :à la sortie du cours elle nous reprochait toujours de ne pas avoir mieux  fait tel ou tel exercice !

 

 « Les Ambrosinettes. ». . .une tranche de  vie que nous n’oublions pas, ma sœur et moi !

 

Le  cours de danse dite  « classique » était donné par Loulou et Léo ,les filles du célèbre maître de ballet du théâtre de la Monnaie à Bruxelles :   François Ambrosiny.(voir cette page Wikipédia)

 

C'est dans la belle salle aménagée par François Ambrosiny au sous-sol de sa maison avenue Richard Neybergh, à Laeken que se donnaient les cours :  

Le cours classique avait lieu les  lundi , jeudi, vendredi. , 

Le cours d’acrobatie le mercredi .

Et pour les courageuses (mères et filles ! ! !) , claquettes le samedi après-midi.

Le jeudi, toutefois, le cours se donnait à Bruxelles, rue au Beurre , dans une salle au-dessus du café "Le Braseur". (je cherche le nom de cette salle qui accueillait un groupe folklorique bien connu à Bruxelles).

 

Lorsque nous sommes arrivées au cours, ma petite soeur et moi, l'organisation était toujours la même : tandis que Léo donnait le cours , bâton à la main pour marquer la mesure et, à l'occasion, toucher l'un ou l'autre genou mal tendu , Loulou accompagnait au piano.

Par la suite, Léo donnait souvent le cours toute seule .A l'approche d'un spectacle , le pianiste venait répéter avec nous . 

 

La récompense de ce travail , c’était  les fêtes  , les spectacles  imaginés et préparés par la très douée Léo .

 Après la guerre , beaucoup de fêtes avaient lieu au profit des enfants de prisonniers , au profit des sinistrés etc.

 Vers 1946-47,il y avait à  Laeken, rue Marie Christine (?), à l’arrière d’un café, une petite salle  dans laquelle on organisait des fêtes pour ceci où cela , et parfois avec la participation des « Merveilleuses et Extraordinaires Ambrosinettes » ! 

C'était nous ! ! !

Et c’est là que, vers 1946, nous avons fait « nos débuts » ma petite sœur et moi : nous dansions ,sur un menuet de Mozart ,« Berger Bergère » avec un costume aux motifs genre Toile de Jouy

Le clou du spectacle était le ballet final :

au début , c'était " Faust" avec  toutes les petites filles en petit tutu blanc court   et chaussons de danse "pour faire des pointes" ! ! ! ! ! ! . .

Le second  ballet que je nommerai "moderne"  avait comme musique une chanson à la mode , en l’occurrence au début je me souviens de :

"J'ai laissé mon cœur à Paris" .! ! !

 Une élève plus âgée que nous ,et qui avait fait  partie du groupe avant ma sœur et moi ,  aurait  chanté  et/ou dansé dans cet endroit également .

On l'appelait Ninie.

Elle est devenue ensuite "Ninie Cordy" et encore Annie Cordy,

 

Annie Cordy vient de décéder ce 05 septembre 2012 .

A la demande de ma fille Nadine  , j'ajoute ici un souvenir de la jeune " Ninie Cordy" .

 

Le 05 09 2020 décède Annie Cordy .

Elle était née le 16 juin 1928, et moi le 30 juin 1938.

10 ans à peine nous séparaient .

Je garde d’elle un souvenir éblouissant !

 

Moi, la grande timide de 7 ans et elle la « bombe » de 17 ans ! 

J’avais 10 ans de moins qu’elle et faisais partie depuis peu du groupe des Ambrosinettes qu’elle avait fréquenté quelques années plus tôt.

 

 

Au cours, c’était toujours à la fin des exercices que l’on répétait le final du spectacle.

Il fallait y mettre tout son cœur pour laisser un bon souvenir aux spectateurs ! !

En l’occurrence, cette année-là le morceau choisi était « J’ai laissé mon cœur à Paris ».

Nous étions en 1945 ou 46.

Mademoiselle Léo avait toujours le sens de ce qui allait plaire au public , une sorte d'intuition. C'était une artiste .

A peine avions-nous  commencé la répétition que la porte de la salle de cours s’ouvre avec délicatesse. .

Toutes les petites têtes des enfants se retournent, et le visage de Léo s’illumine :

Ninie !!! Ah ! tu viens nous dire bonjour ! viens près de moi, tu vas chanter avec nous,

tu connais certainement la chanson. « On reprend depuis le début : 1,2 et voilà notre Ninie chantant :« J’ai laissé mon cœur à Paris, un beau matin, aux Tuileries ...etc. 

 

Je n’oublierai jamais cette vision de la jeune fille appuyée au mur près du miroir , du piano et de la barre .

Il y avait quelqu'un au piano : Loulou la soeur de Léo  , sans doute.

 

Connue de ses seuls professeurs de danse, inconnue des parents présents et des enfants, elle s'est mise à chanter tel qu’elle a chanté durant toute sa vie, avec le même bonheur, le même bagout !

Moi la grande timide je  la verrai toujours avec admiration ! ! !

Merci , Ninie !!!

08 09 2020.

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Au café « à la Cour de Tilmont » en face du Théâtre Flamand, à Bruxelles, chaque année, nous dansions pour les petits vieux .

 Je me souviens de la Salle de La Madeleine et de la Maison des Ailes.

S’ajoutaient à cela les bals organisés par les bourgmestres ou les partis politiques en période d’élections !

Cela faisait bien rire Papa lorsque nous dansions à trois heures pour les « rouges » et à cinq pour les « bleus » ! ! !

 

Outre ces fêtes que je qualifierai de « classiques » , les Ambrosinettes nous ont ouvert d’autres horizons :

C’est grâce à elles que j’ai eu l’occasion de participer à la revue de l’Ancienne Belgique en 1946 ( voir ce chapitre).

 

Au Théâtre des Galeries :

cela devait être vers 1946/47 , nous dansions  avec des danseuses américaines !

La musique était la Danse Rituelle du Feu de Manuel de Falla. (dcd en 1946) .

Les danseuses américaines , accrochées à des câbles, exécutaient un ballet volant . J’ai le souvenir de costumes fluorescents , était-ce là ??? .Oui, sans doute.

Nous dansions sur la scènes en même temps que les américaines, c'était frustrant car nous ne pouvions pas les regarder . .  chaque groupe avait son travail ! ! !

 

Par contre , je me souviens très du ballet final :

Nous, les petites Ambrosinettes, dansions sous elles.

Et , au dernier accord , tous s’arrêtaient , au-dessus et en- dessous .

Alors que les Ambrosinettes terminaient à genoux ,  ma petite  sœur , sur le dernier accord , se levait les bras écartés . Et pour qu’elle se lève au bon moment , nous avions répété mentalement le nombre des accords : un deux, un deux trois , un deux trois,  un deux . . .,un ,deux, trois ,quatre, cinq ,six, sept . . . etc ..jusqu’à « tralalala »   ! Je n’ai jamais plus écouté ce morceau sans compter les accords du final !

Dommage, nous n’avons vu les belles danseuses américaines que quelques instants lors d’une répétition !

 

 Mannequinat :

Voilà qui était amusant ! ! !

 

Aux Galeries Anspach coin des rues  des Fripiers et de l’Evêque , la vitrine était consacrée à la rentrée des classes .

Une femme connue , dont le nom ne me revient pas, décrivait la tenue présentée : " Joséphine , manteau écossais doublé de lainage, capuchon . . .etc. "

Cela se passait durant les grandes vacances . Plein d’amies de classe venaient me voir , il m'était bien difficile de retenir les fou-rires alors qu’elles se promenaient en tenue légère et moi encapuchonnée dans les manteaux d’hiver  !

 

Au Bon Marché Boulevard Botanique à Bruxelles.

Spécial communions .

Cela se passait à l’intérieur du magasin .

Quel bonheur ! Moi qui ne faisait pas  ma communion solennelle, j’avais l’occasion de porter de très belles robes, avec le voile, l’aumônière, la pochette,  les bas et les chaussures assortis !

Non seulement on présentait la traditionnelle robe blanche mais aussi la robe "du deuxième jour" , toujours très belle et recherchée .

 

1951 Page publicitaire pour le Bon Marché à Bruxelles également .

J’étais un peu vexée car on me faisait poser pour des vêtements de petite fille alors que j’avais 13 ans ! !

.Mais voilà , je n’étais pas très grande , ceci explique cela !

 

 A la foire commerciale au Heysel .

Ce  devait être le stand des tissus écossais Agnella .(???) 

Nous étions 3 ou 4 et présentions des vêtements sur fond musical.

Il fallait se changer vite , en silence et dans un espace plus que réduit tout en respectant les vêtements qui ne nous appartenaient pas  !

La proximité du public nous obligeait à aller au-dessus de nous-mêmes et à vaincre notre timidité !

C’est en me rendant à l’un de ces défilés, que j’ai essayé de descendre du tram avant l’arrêt complet , comme les hommes . . .

Ah ! C’était raté ! Je porte encore dans un genou quelques morceaux de graviers  du terre-plein du Heysel  !

 

 

  Cinéma .

Ma petite soeur Claudine avait tourné un petit film publicitaire vantant les qualités d’un tissu infroissable.

Maman racontait : il fallait une petite fille qui remue beaucoup, qui danse, qui saute etc. pour montrer que le tissu était infroissable et, avant chaque prise de vue, on lui ôtait la robe et on la repassait ! (voir dans « mon voyage à Nice » la lettre de Mima du 22 juin 1947 PDF n° 3) 

 

Télévision à Paris  au Palais de Chaillot.

C'était tout au début des spectacles télévisés et là j’étais trop grande , je n’ai pas participé à l’événement, mais ma petite sœur  y était .

Maman a été très déçue en suivant les enfants depuis la cabine technique : elle ne reconnaissait personne !

 

Reine d’un Jour.

Je crois que nous avions aussi participé à un enregistrement de « Reine d’un Jour » , émission populaire de Jean Nohain .

Là aussi , je devais déjà être trop grande , mais ma petite soeur  en était.

Ce devait alors que le Géant Atlas  a porté Maman pour lui éviter de devoir utiliser un escalier instable.

 

Ci-dessous , quelques photos de cette époque !

 

Les deux photos au cours de gymnastique rue Ernest Salu sont suivies de celles de ma petite soeur et moi "en costume" pour les danses chez les Ambrosinettes .

 

1 / 1947 « La valse dans l’Ombre » !

Tutu blanc et tout et tout ! !

Je suis sur la petite terrasse de la maison à Jette .

A l’avant-plan , à droite , on devine l’échelle qui permettait d’atteindre « la plate-forme » . . . où l’on n’allait quasi jamais !

 

 2/  1947  Et voici « La jolie norvégienne » !

Ce qui est intéressant , c’est que cette photo est prise chez nos voisins , Pierre et Fina. 

Ils habitent au n° 65 rue St Norbert à Jette.. Chez eux , pas d’atelier comme chez nous , ils ont donc un petit jardin au delà duquel  se trouve  un espace , (qui appartient à qui ?) , et auquel on accède par une petite  porte .

Celle- là  même qui se trouve derrière moi .

Je regarde donc , en plus de Pierre qui me  photographie . . . passer les trains très près de moi !

 

3 /1948 :Quelques photos prises chez et par  le cousin de Maman, Pierre Clerbois , dans l’appartement qu’il occupait avec  sa mère, Tante Emilie,  , chaussée de Charleroi à Bruxelles :

 

«  Boléro » :sur l’air de la chanson à la mode ,c’était une danse à deux   : Jaleh Kerendi et moi qui tenais le rôle masculin.Je n’ai pas de photo de  Jaleh à cette époque .

Cependant elle a fait une très belle carrière entre autres avec son époux Paolo Bartoluzzi  au ballet du 20è siècle .

J'ajoute une très belle photo de Roland Minnaert au Festival d'Avignon 1968.

 

« L’oiseau bleu »  , que j'ai dansé seule une ou deux fois seulement..

Le très beau costume , tout en plumes bleues appartenait aux demoiselles Ambrosiny.

 

 « L’enfant et l’Oiseau » .

Voici ma petite sœur .

On voit tout de suite qu’elle est beaucoup plus douée que moi !

 L’Enfant joue avec la cage, l’ouvre, et par un savant mécanisme mis au point par Papa , l’oiseau s’en échappe.

On entendait souvent un "Oh!" triste et  il arrivait que des spectateurs cherchent l'oiseau dans la salle ! 

 

 4/ vers 1950 :« Ain’t she sweet »

C’est ma petite sœur qui fait les claquettes tout en chantant la chanson en anglais !

J’ignore où a eu lieu ce spectacle .

Il devait aussi y avoir Paulette R. puisque sa maman figure avec la nôtre sur la photo des mères félicitées.

 

 5/ 1952: »La Czardas ». Ma petite sœur tient le rôle masculin , elle est photographiée avec Nicole J., nous sommes dans l’atelier de Papa.

C’est le papa de Nicole  qui photographie.

 

Le dessin "Toile de Jouy" illustre très bien notre costume "Berger Bergère".

Voir le lien .

19 08 2016