Comment ai-je connu Jean Bauer?

 C’est mon tonton Raymond (à droite sur la photo)qui m’a parlé de Jean Bauer (à gauche) :

Durant la guerre , à Ixelles, j’ai rencontré Mathilde , la sœur de Maman. Elle été veuve et était accompagnée d’une jeune-fille et d’un homme jeune.

Je me demandais de qui était amoureux cet homme : de la mère ou de la fille ?

Je me souviens que cet homme était musicien, musicien de jazz.

Il avait un nom qui se terminait en « er » , et Raymond ajoutait en riant : « Non ! Non ! pas Hitler ! Il se nommait .  . . Bauer, . . . mais je ne sais plus s’il était le mari de ma tante Mathilde ou l’amoureux de sa fille Andrée .

Je crois qu’à ce moment Andrée habitait à Liège."

Fin du premier épisode « Bauer ».

 

Je me suis mise à chercher et chercher encore , car, des Jean Bauer, il y en d’autres que lui !

-Côté Etat Civil j'ai trouvé ceci: 

Jean Bauer est né le 06 août 1897 à Rémilly(Moselle) , fils de François Joseph (employé de Chemin de Fer) et Marie Clémence Rebuffat.

son épouse : Andrée d'Alnoncourt est née le 13 mai 1901 à Paris XV , fille de Marie Charles Georges et Mathilde Rebuffel.   Son acte de naissance renseigne son mariage : le 10 mars 1925 à Paris XIV avec Jean Bauer. Elle est décédée à Menton le 19 février 1976.

 

-Côté vie professionnelle , j'ai eu la chance de trouver Marc Henry Cikiert qui avait suivi des cours de guitare ,à Liège, chez Jean Bauer dans les années  1969-1970 et qui m'a conseillé de prendre contact avec Jean-Pol Schroeder :"Il habite à Liège, je pense, et dirige le Jazz club 'Jacques Pelzer".

 

 Je les remercie tous les deux de l’aide qu’ils m ‘ont apportée.

Un grand merci encore à Jean Pol Schroeder qui m'a offert une copie de son texte consacré à Jean et prêté les photos sauvées in extremis de l'oubli ! 

 

Ci-dessous copie du  texte écrit par JP Schroeder :

 

"Jean Pol Schroeder raconte

Jean Bauer."

 

Chaque vie mériterait son roman . . Simplement  certains romans seraient peut-être moins directement passionnants que d'autres, moins fertiles en événements colorés . Il est par contre des hommes et des femmes qui, à des degrés d'anonymat divers,ont fait de leur vie un véritable roman picaresque, la prédisposant en quelque sorte à servir de modèle à un romancier.

Jean Bauer . . .Vous ne trouverez son nom ni dans le Larousse  ni dans les Dictionnaires du Jazz. Son nom , tranquillement,s'en allait se perdre...

Pas d'enfants , plus de famille. . .

Poly-instrumentiste doué , il n'a rien fait, il faut bien le dire , qui ait révolutionné le jazz ni qui ait constitué un "must" dans sa catégorie. . .Il vous dirait lui-même qu'il était trop occupé à vivre que pour perdre son temps à faire des gammes!

Et pour vivre, ça il a vécu !

Grand voyageur, grand séducteur, grand joueur devant l’Éternel, il n'y aura pas besoin d'ajouter beaucoup d’anecdotes piquantes à sa vie pour en faire un roman chatoyant . . .qui viendra en son temps. . .En attendant, "Jazz in Time "vous propose de découvrir, photos à l'appui, un "parcours"musical qui, couvrant à peu près tout le 20è siècle, est lui aussi exemplaire à plus d'un titre.

A travers rencontres,déceptions,enthousiasmes, un parcours qui mène en fin de compte de "presque la gloire" à "presque la misère".


Les violoneux du grand café.

 

Jean Bauer est né le 6 août 1897 à Metz.

L'Alsace -Lorraine est à l'époque une province de l'Empire allemand.

Et Jean, dont la mère est francophone sera ,dès le départ partagé entre les deux cultures; plus exactement il sera toujours - et il le revendique - un apatride.

C'est en accompagnant son père, le dimanche , au Grand Café de Metz, qu'il découvre la musique , une musique mixte ( un doigt de classique , un air à la mode, une mazurka. . .)comme se distillent un peu partout ces musiciens dits "de brasserie"  qu'on rencontre aux quatre coins de l'Europe au début du siècle.

Jean est tout particulièrement fasciné par le violoniste: il reste des heures planté devant l'estrade, les yeux rivés sur l'archet.Et tout naturellement il commence à rêver de posséder un jour cet instrument qui l'obsède.. .

Mais il se heurte à un refus catégorique de son père, ancien militaire et peu porté sur les choses de l'art: "les musiciens sont des romanichels et des instables, pas de ça dans la famille!" Le refrain classique. . .

A partir de ce moment, Jean ne rate plus une occasion de se remplir les oreilles de musique , quelle qu'elle soit : à l'Eglise, quand il lui arrive d'y mettre les pieds, seul l'organiste retient son attention. . .Dans les rues ,en rentrant de l'école,il traîne des heures durant dans le sillage des musiciens de rue . . .Et lorsque son père l'inscrit à l'école d'hôtellerie, il le met, sans le savoir, en contact quasi permanent avec la musique : à l'époque, tous les hôtels et tous les restaurants emploient au pire, un pianiste , au mieux , un petit orchestre et Jean, après son travail , descend dans le petit bar où le pianiste et le violoniste terminent invariablement la soirée pour un public de noctambules: il se cale dans un fauteuil, fouille dans ses poches pour y trouver de quoi s’offrir une consommation( un chocolat dans les premiers temps, un vin blanc par la suite) et toute la viande grasse manipulée durant la journée , disparaît , engloutie par la musique .Bientôt, Jean connaît par cœur toutes  les "scies" à la mode et en rentrant chez lui, il fredonne "Nur eine nacht solst du mihr gehöre. . ."!


Un violon sur le front .

 

Lorsque la guerre éclate ,en  1914, Jean, qui a alors 17 ans, travaille dans un hôtel de Saarbruck. Au terme d'une rocambolesque histoire de poulets, il se retrouve enrôlé comme volontaire dans l'armée allemande afin d'échapper à la colère de l’hôtelier : de toute façon la guerre ne durera que quelques jours, quelques semaines tout au plus,  pense-t-il comme beaucoup de gens à l'époque ! 

De la boue des tranchées françaises à la neige et au gel du front de l'Est , puis à l'enfer du Kemmel, Jean traversa les quatre années de guerre sous l'uniforme allemand et, ayant eu de la chance d'échouer dans un bataillon qui n'était pas là où l'ennemi l'attendait, il ne donnera en tout et pour tout pendant ces quatre ans qu'un seul coup de feu . . .sur un brochet !

Pendant ses permissions il passe le plus clair de son temps entre les demoiselles de petite vertu et les cafés où se produisent des orchestres ; et en juillet 1917, avec l'argent économisé sur sa solde , il réalise enfin son vieux rêve et s'achète un violon! Qu'il emporte avec lui au front . . .Son bataillon est particulièrement inactif à cette époque et Jean passe des heures et des jours à essayer de reproduire, d'oreille ,les mélodies les plus diverses. Parmi celles-ci , un air syncopé qui s'appelle . . . "Alexander Ragtime Band" ! 

Au bout de quelques mois , au milieu de la campagne russe enneigée, Jean donne son premier "concert" pour ses compagnons! En rappel, comme il ne connaît aucun autre morceau que les quatre qu'il vient d’interpréter , il se lance dans une improvisation échevelée , se rattrapant au détour d'une phrase à un fragment mélodique emprunté à un air connu . . .

Mais le comble de l'insolite , c'est la nuit de Noël de cette même année qu'il faut le chercher.

L'armistice vient d'être sonné avec la Russie mais les troupes sont toujours stationnées de part et d'autre de la frontière ; Jean s'approche à moins de 50 mètres des lignes russes ; du campement russe montent des chants de Noël à vous retourner l'âme et le reste. . .Jean n'y tient plus , il empoigne son violon et sans se montrer davantage , il se met à accompagner le chœur russe. Un moment suspendu , on l'imagine : un lorrain enrôlé dans l'armée allemande accompagnant des soldats russes, qui, quelques semaines après la révolution d'octobre , chantent des chants de Noël dont certains d'origine juive évidente ! . . .La guerre est effacée, bien sûr , balayée, envolée , elle n'a jamais existé. . Pas plus que le froid . . .Jean a cinq ans. . .il fait chaud.

Et puis , la guerre reprend ses droits. . .Le violon disparaît dans la cohue du Mont Kemmel. La fin de la guerre n'a plus rien de drôle ni de musical. . .


Entre poire et fromage .

 

Une fois la paix revenue (et l'Alsace -Lorraine redevenue française !), Jean réintègre les cuisines et consacre le plus clair de son temps à parfaire son éducation sentimentale. . .

Pourtant, lorsqu'il récupère un violon , il se remet à en jouer.

Dans une petite chambre au 5è étage , il fait des gammes (rarement) et surtout joue d'oreille les airs les plus variés , indifférent aux règlement de comptes souvent sordides qui occupent les lorrains.

Il se découvre bientôt un curieux havre musical: le buffet de la gare de Metz , où sont engagés à demeure quelques musiciens et où viennent finir la nuit tous les artistes,comédiens,et musiciens du coin.

Jean y fait la connaissance du batteur Armand Manden qui revient de Paris les oreilles remplies de la nouvelle musiqua américaine qui y fait alors rage; il y a notamment découvert les fameux "Mitchell's Jazz King".Et c'est avec Manden que Jean s'essaie pour la première fois aux accents syncopés du "jass".

En juillet 1922, première escapade à Paris; Jean confiné dans les cuisines d'un grand hôtel ne verra pas grand chose de la capitale ; il vit pourtant à cette occasion un des grands moments de sa vie : lors d'un banquet organisé à l'hôtel, il entend un orchestre de jazzmen noirs qui le bouleverse littéralement. . .Et de retour à Metz il décide de se mettre plus sérieusement à la musique

.Et il commence à travailler pour une agence qui emploie des garçons de salle qui, de préférence  sont aussi des musiciens ( c'est toujours ça d’économisé !).

De banquets en banquets ,il  glisse ainsi petit à petit de l'univers de la mangeaille à celui de la musique ; un essai infructueux dans le domaine, alors florissant, de l'accompagnement de films, le décide à apprendre à lire la musique.

Grâce au violoniste Ismael Michelon, il entre au conservatoire de Metz; et bientôt, il fait ses adieux à l'hôtellerie ; une nouvelle vie commence.


Parisian Stomp.

 

Jean fait ses premiers pas dans le métier grâce à un violoniste belge , Jacques Bailly, pilier du buffet de la gare de Metz et qui le fait entrer dans différentes petites formations ,  à condition qu'il apprenne . . .le banjo et la batterie !

Ce qu'il fait.

C'est également Bailly qui lui fait écouter les premiers disques de jazz disponibles en Europe (du jazz blanc, bien entendu).

Quand arrive le moment de l'examen au Conservatoire de Metz, Jean, qui n'a pas consacré assez de temps à la lecture à vue, avale pour se donner du courage, quelques verres de Picon : et lorsque toutes ces notes commencent à se brouiller devant lui , il se met à improviser ! Ce qui, on le devine, ne plaît pas à tout le monde .

Et les études classiques de Jean se terminent à peine commencées.

Il se marie alors et décide de tenter sa chance à Paris, où il débarque en 1923.

A peine sorti du train , il rencontre Henri Koch (encore un violoniste belge !) qui l'engage avec lui à la radio et l'introduit dans le fabuleux univers musical du Paris des années 20.

S'il ne parvient pas vraiment à s'imposer dans le cercle des initiés du jazz , il est par contre très vite intégré au milieu des musiciens de variétés qui tous jouaient aussi une musique jazzy qui lui suffit largement à l'époque .

C'est à Lille en 1924 qu'il obtient un premier contrat à son nom : il engage quelques musiciens parmi lesquels le saxophoniste Afred Hoffman dont la réputation est déjà bien établie dans un certain milieu et qui est, de loin , le musicien le plus imprégné de jazz de l'orchestre (il manie déjà le vibrato à l'américaine, contrairement à la plupart des saxophonistes européens).

Au fil des engagements, Jean se voit obligé d'ajouter d'autres cordes encore à son arc : c'est ainsi qu'il passe à la trompette , puis quand arrive dans l'orchestre le trompettiste belge Léon Jacob, au trombone.

Enfin, après avoir entendu l'orchestre de Billy Arnold, il tombe amoureux du saxophone qui sera désormais son instrument de prédilection (avec le violon).

La plupart du temps, les orchestres dans lesquels il joue (et le sien tout particulièrement) jouent sans partition , ce qui le ravit ! 

En avril 1925, le petit noyau de musiciens avec lesquels Jean s'est associé officieusement, devient , officiellement, le Virginain Six , une formation avec laquelle Jean entre de plein pied dans "l'ère de la route".


La route.

 

1925-1926-1927 : Etretat . . l'amuse-gueule en quelque sorte .

Le vrai départ , c'est en octobre qu'il a lieu . . .

Le Virginian embarque pour Bucarest !

Alors que la Hongrie, par exemple est déjà un pied dans le jazz depuis quelques temps , la Roumanie est encore vierge , complètement vierge . . .tout se passe bien, très bien même et l'argent coule à flot. . .

Jean n'en a jamais possédé moitié autant . . pense à son père . . s'il le voyait !

C'est par ailleurs pendant ce premier séjour que Jean tombe amoureux de la musique tzigane en entendant le violoniste Grigoriach Dinicu. .

 Retour à Paris , puis à nouveau Etretat  (c'est là que Jean rencontre pour la première fois quelqu'un qui va jouer un rôle important dans sa vie : le saxophoniste belge Oscar Thisse ) et puis à nouveau Bucarest . . .

Le voyage s'installe dans sa vie . . .les cycles . .  le train . . .les contrats qu'on renouvelle . . .les hôtels .  .les hôtels de passe aussi . . .la syph. . .et aux quatre coins d'Europe déjà, les premiers signes de la Bête qui monte quelque part en Allemagne . . .

Cette fois, à Bucarest, l'orchestre doit jouer pour la famille royale ! Qui ne connaît rien du jazz, bien sûr , mais . . .certains bruits ont filtré : et par précaution; le roi Ferdinand a demandé qu'on enlève de la salle où doit se produire l'orchestre parisien le superbe piano à queue , pour le remplacer par un objet qui a dû être un piano droit potable un jour , il y a longtemps ! . . .Mais une fois de plus , , malgré le piano, tout roule . . .Jean aura même bien du mal à ne pas séduire la princesse Hélène, mais passons . . .Et puis, le roi est mort et-deuil national-les établissements doivent fermer leurs portes . . .

Et Jean part pour Berlin. . . .

le Virginian Six a vécu . . .

L'heure du free -lance a sonné . .

.Berlin . . .drôle de ville  . . .Ici l'ombre de la bête se fait bien plus précise et les junkers ont commencé leur oeuvre de terreur.

  .Jean joue dans l'orchestre d'Ernst Pascal . . Rico , le trompettiste brésilien doit précipitamment quitter le pays  , les relations diplomatiques pénètrent l'univers musical , aïe . . .Heureusement qu'il y a les gretchen !

Prochaine étape : Istamboul . . .Voilà bien autre chose . . .casino Yldisch, Kemal Pacha et aux portes du palais , on taille une bavette avec les eunuques , derniers vestiges du temps d'avant Kemal, le libérateur . . .

Autre monde . . .

Jazz ???Allons . ."Jam" avortée au palais : les musiciens turcs ne rigolent pas avec ça .

Et puis les choses se gâtent : le casino doit fermer ses portes et les musiciens se retrouvent sans un sou , au fin fond de la Turquie, avec des problèmes d'ambassade délirants. . .

Fuite sous une fausse identité , culot monstre et revoici Berlin .

 


 Berlin.: les années speed !

 

1928-1929 : Berlin, Hambourg, Berlin. . .peu d'heures de sommeil , on n'est pas venu au monde pour dormir :

Matin : enregistrement dans les studios de la U.F.A.. Jean doit figurer dans la bande annonce de plusieurs films allemands (muets) de l'époque. . .Ana Mae Wong , vous connaissez ? Parfois ,pour illustrer certaines scènes, la caméra se tourne vers eux : ordre du régisseur : gigotez un max sur "Nobody's sweetheart", qu'on voie bien que c'est du jazz !

Après-midi: thé dansant .

Soirée : accompagne le show de Marlène Dietrich !

Nuit : night-club jusqu'à l'aube . . .

Matin : enregistrements pour la U.F.A. etc. etc .

Ajoutez à cet horaire gargantuesque le temps passé à faire l'amour aux allemandes, aux hongroises -qui font "joi" au moment fatidique -aux princesses russes et quoi encore , et vous aurez une petite idée de ce qu'est une vie de musicien façon années 20 !

Dans son orchestre, Jean jouera pour un temps dans le même orchestre que le clarinettiste américain Danny Polo-ex compagnon de Bix et des autres- Harry Pohl aussi.

Et il lui arrive d'aller écouter des orchestres américains "mais ces types-là  sont complètement fous ...Ils passent tout leur temps libre à souffler dans leur instrument   Ils progressent , ça c'est sûr , bien plus que je ne le ferai jamais mais et tout le reste ? Et les filles ? et le farniente ?  "

Jean ne sera pas un grand improvisateur , il le sait maintenant, il l'a toujours su, il s'en fout  Mais il se tire de toutes les situations musicales les plus embarrassantes

Dans la méthode imprimée de Jimmy Dorsey , il puise quelques ficelles et pour le reste , il évolue au plus près de la mélodie .

 Bon, mais Berlin 1929, ça sent de plus en plus le roussi , défilé des chemises brunes dans les rues , et ces junkers si sérieux qui lorsqu'ils ont bu , vous font jouer des marches militaires puis miment des bombardements à coup de pets(!); les musiciens noirs commencent à se faire plus rares , les autres sont bien obligés de supporter ça, et ça n'arrange rien quand vous jouez dans un orchestre où tout le monde à part vous est juif !

Oscar Thisse qui l'a rejoint à Berlin persuade Jean de l'accompagner en Belgique. Quelques mois en plus et la suite de l'histoire aurait sans doute été moins drôle . . .

 


Le Rector's Club !

 

Et le voyage recommence : Bruxelles ,Amsterdam,La Haye, la Suisse etc. . . etc. . .

Des rencontres.

L'orchestre ,qui est au nom d'Oscar Thisse, s'enrichit bientôt d'éléments de choix .. Un petit trompettiste hollandais , Jean Obdenbosch, un batteur-crooner allemand , Sacha Grauman et quelques autres , qui, en 1930, débarquent à Liège pour  faire la réouverture d'un dancing , La Féria. . .Liège est en pleine Exposition et les soirées de la Féria se soldent par un triomphe tel que l'orchestre, engagé pour trois semaines ,restera en fait dix mois . . .Un jeune trombone liégeois , fou de jazz, se joint au groupe, il s'appelle Albert Brinckhuyzen ! et il deviendra en quelque sorte le directeur musical de l'orchestre qui , lors qu’Oscar Thisse reprend ses billes , devient le Rector's-Club, un orchestre fonctionnant un peu en coopérative , et qui va obtenir un succès croissant qui explique sa longévité proprement incroyable pour l'époque : presque 10  ans !

Un enfant prodige du sax et du violon , Serge Cagliari , qui jouait jusque là chez Stan Brenders, est venu combler le vide laissé par le départ de Thisse.

Comme tous les musiciens sont poly -instrumentistes , le Rector's possède une panoplie de formules orchestrales que vient renforcer encore le recours fréquent au "sketch" . .mais qu'on ne s'y trompe pas : le jazz a bel et bien sa place là-dedans . .

Tout n'est pas jazz loin de là dans le répertoire protéiforme du Rector's , mais certains arrangements de Brinckhuyzen pour l'orchestre (sur St Louis blues par exemple) furent louangés dans le Melody Maker. . .

Et, aux Pays-Bas , quand l'orchestre revient pour la deuxième ou troisième fois,on les attend avec des couronnes de fleurs !

Jamais le Rector's ne refuse de jouer un air demandé par un client , fusse la pire des rengaines ! Et le mot d'ordre général de Jean -qui se découvre des talents d'organisateur-est la diversité ! Et c'est ça que veut le grand public d'alors , pas du jazz pur. . .Pas étonnant qu'à Berne , le Rector's ait eu plus de succès que Coleman Hawkins qui venait de passer au même établissement avec un répertoire sans concessions ! Et quand je dis diversité , ça veut dire qu'un morceau super hot , Bye Bye Blues joué à la Venuti, par exemple , avec impros gratinées, swing et tout , pouvait très bien être suivi sans crier gare d'une chansonnette genre "Quand on est mort on est foutus , les vers vous bouffent les poils du cul!" 

. . .Age d'or , rencontres , Louis Armstrong - qui lui conseille de jouer avec un bec Cohn qui convient mieux à sa sonorité -Chevalier, Trenet , Salvador, Piaf -qui lui fait parvenir une demande en mariage- Faecq et tout le milieu du jazz belge , Constant le Marin et toutes ces filles qui réclament à Jean "l'amour à la française" à Knokke, à Lugano , à Rotterdam.

Et lui qui ne sait pas dire non ! et tous ces personnages tragi-comiques qui peuplent les dancings,les bars,les casinos, les bordels d'entre -deux-guerres qui joue encore à la fête mais ne peut pas ne pas entendre certains discours hurlés Sieg Heil and Cie , jusqu'à ce qu'un jour . . .

1939 . . .Jean a dans la poche des contrats pour le Rector's pour une durée de 10 ans ! 

En quelques heures tout est foutu . . .


La rupture.

 

"Jouons aux petits soldats , voulez-vous ?" se disent un beau matin économistes et politiciens . . .

Et quelques millions de figurants se  retrouvent soudain engagés dans une mégalomaniaque super-production . . .

Adieu les contrats , adieu les tournées.

Pour la deuxième fois, Jean se retrouve plongé dans une guerre dans laquelle il ne se sent nullement impliqué.

Le Consulat lui fait savoir qu'il doit théoriquement être enrôlé dans l'armée française : les documents suivront .

L'idée ne l'enchante guère , comme on le devine, et c'est avec un certain soulagement qu'il constate la fuite soudaine du Consul et de ses fonctionnaires. . .

Il décide alors de rester à Liège et d'y attendre la suite des événements.

Débarque l'occupant :dès le mois de mai 40, les allemands sont à Liège et Jean se retrouve entouré d'uniformes semblables à celui que lui-même portait 20 ans plus tôt. . .

Petit à petit , un nouveau fonctionnement social se met en place, vaille que vaille,et la vie reprend , sous le signe du Reich, évidemment.

La Belgique, contrairement à d'autres pays ,est sous régime militaire (Falkenhausen) :pas de gouvernement civil donc, et par conséquent,moins d'influence du parti Nazi et des SS ( sauf en 44).

C'est déjà ça de pris .

La vie quotidienne sous l'occupation, pour ceux qui restent , c'est , on le sait, un scénario combinant couvre-feu , collaboration, résistance , Kommandantur, propagande, rexisme, réquisitions, travail obligatoire , clandestinité, marché noir etc. . . .

Voilà le décor planté.

Après quelques mois d'occupation , le monde du spectacle, paralysé les premiers temps , se remet en branle. . .les allemands exigent la réouverture des salles de spectacle . . .

Au mois de septembre , l'Eden devient le Walhalla (!) et on peut y applaudir le Rector's qui , pour l'occasion, a engagé la célèbre chanteuse Loulou Lamberty (qui avait, avant-guerre, fait les beaux soirs de l'orchestre de Lucien Hirsch) et le batteur /showman Jean Galère ,le batteur attitré du Rector's. Sacha Grauman, allemand d'origine, ne fait évidemment plus  partie de l'orchestre et a été enrôlé comme interprète à la Kommandantur  .

Plus "show" que jamais , le spectacle présenté par le Rector's est un succès.

Peu de temps après, Jean et ses acolytes , à la suite d'une mésentente avec la nouvelle direction de l'Eden, changent de "crèmerie" et se retrouvent à l'ancienne "Abbaye" rebaptisée "Le Grand Jeu" en plein "carré" (le quartier chaud liégeois); à la suite d'un concours de circonstances , ils se retrouvent bientôt maîtres des lieux. . .

Commence alors une des périodes les plus folles de la picaresque histoire de Jean Bauer.


Le grand jeu.

 

Pendant la guerre , pour diverses raisons qu'il est impossible de résumer ici , le jazz va connaître , en Belgique , comme dans plusieurs autres pays, un essor tout à fait spectaculaire.. . C'est à cette époque que s'est enregistré le plus grand nombre de disques de jazz belge : c'est à cette époque qu'éclot à Liège le talent du grand Raoul Faisant , et que débutent dans son orbite quelques futurs maîtres du jazz belge : Thomas, Jaspar, Petlzer. . Le "Grand Jeu" n'est certes pas le nombril jazzique de Liège sous l'occupation : c'est plutôt dans des établissements comme "l'Observatoire" ou le "Mondial" , ou encore dans les "surprises parties" privées ou semi privées, que les choses se passent. . .

Il reste que, professionnellement , le Rector"s reste un des meilleurs orchestres de la ville.

La formation subit quelques changements de personnel (le plus notoire ayant lieu en 1942 lorsqu'Albert Brinckhuyzen , plus farouchement anti-allemand que ses coéquipiers, quitte l'orchestre et monte à Bruxelles où il se fera un nom dans les plus grands orchestres -Brenders, Candrix, Omer. . ) Mais au milieu du programme de variété que Jean propose au public hétéroclite du Grand Jeu, persiste toujours 1/2 heure au moins de" jazz pur".

"Que peut-on dire de l'excellent Rector's qui n'ait été dit ? On ne se lasse pas de l'entendre et de l'apprécier .Une question peut hardiment se poser : existe-t-il mieux ? Nous ne le pensons pas."

Ainsi s'exprime régulièrement l'enthousiasme de la presse locale.

Mais qu'en est-il du public qui assiste aux représentations du Rector's ?

Et d'abord , qui fréquente le Grand Jeu ? 

On a répandu après coup sur Jean( comme sur Stan Brenders et bien d'autres) de sordides accusations de collaboration; il suffirait pour le démentir de s'en remettre aux paroles de l'Auditeur Militaire qui, lorsqu'il questionnera Jean en 1945, lui dira simplement :

"Nous savons tout ce que vous avez fait, monsieur Bauer, nous vous félicitons." !

Il n'est évidemment pas question ici de débattre longuement de ce sujet. Mais il importe par contre de décrire plus précisément la faune surréaliste qui peupla le Grand Jeu .

Outre le public habituel , issu en majeure partie de la bourgeoisie liégeoise, on y rencontre dans le désordre : Gestapo, Résistance, Espionnage, Contre-Espionnage, Troisième Bureau , Feldgendarmerie , KGB. . .ils sont tous là ! Comme pour adresser à la guerre un énorme pied de nez , les factions les plus diverses se côtoient en effet dans cette salle où le champagne coule à flots . . .

Jean, parlant allemand aussi bien que français , est à l'aise avec tout le monde ou presque.

Des officiers allemands viennent pleurer dans son giron ; des aviateurs anglais lui doivent la vie; des résistants belges également et Rosy Rhéty une célèbre artiste juive d'alors ; à chaque fois qu'il peut intervenir auprès des officiers allemands qui fréquentent son établissement, il le fait , le plus souvent avec succès.

Protégé par les uns et par les autres , il se faufile comme une anguille à travers les mailles d'un invraisemblable puzzle diplomatique dont lui seul connaît toutes les pièces .Il sait, parmi les allemands occupant Liège , qui est dangereux et qui ne l'est pas.

Appelé à diriger un orchestre en Allemagne , il refuse et n'échappe aux représailles des collabos (les vrais : S.S.Wallonie et Cie . . ) que grâce à  l'intervention d'un gradé allemand , boucher dans le civil et foncièrement anti-nazi !

On pourra ergoter à jamais sur le choix effectué par Bauer l'Apatride . Bien sûr qu'il a travaillé pour un public partiellement allemand .Comme tous les artistes !  Bien sûr qu'il a fraternisé avec certains soldats allemands - ceux-là même qui auraient donné leur cul pour pouvoir rentrer chez eux -exacerbant ainsi l’ambiguïté originelle de sa naissance (Alsace-Lorraine). . .

Mais le scandale se situe-t-il dans ces actes de "fraternisation" apolitiques ou dans l'horreur et la boue économico-politico-foutre qui avait déclenché toute cette magouille géante au sein de laquelle les dealers de canons ou d'acier empochaient une fois à gauche une fois à droite ? 


Off limits.

 

Pendant la dernière partie de la guerre , l'instauration de couvre-feux plus stricts , la multiplication de "punitions"infligées à la ville, et la tension croissante dans les rangs allemands met un terme à cette curieuse "cohabitation".

Et met un terme définitif à la grande période du Rector's .

En effet, l'ère américaine qui suit la Libération , ère de profusion pour les amateurs de jazz, ne sera pas pour l'orchestre l'occasion du renouveau que l'on aurait pu imaginer : la rue du Pot d'Or est déclarée zone "off limits" et le Grand Jeu n'est bientôt plus rentable.

Plus rien ne sera comme avant . . .Tandis que commence l'âge d'or des Bobshots, s'éteint celui de Jean et des siens.

  En 1947 , découragé, il accepte la proposition de sa belle famille et, abandonnant le Rector's à Marcel Raskin -qui n'a pas l'étoffe d'un leader, malheureusement- il part pour le sud de la France .

Loin d'y remonter un orchestre , il devient, à Menton, patron d'un . . .garage ! Qui, pour différentes raisons se révélera bientôt être un gouffre financier .Et de toute manière , cette nouvelle vie ,choisie par dépit , ne convenait nullement à l'aventurier que restait Jean.

De retour à Liège, il essaie de remonter le courant mais une autre époque a commencé , celle des juke-box notamment. . . Le Grand Jeu , dans lequel il reste théoriquement impliqué, doit bientôt fermer ses portes , faillites, dettes, taxes et quoi encore. . .

Ce soir-là , avant de ferme définitivement la salle , Jean s'assied sur l'estrade , empoigne son saxophone et joue de nostalgiques adieux non seulement au Grand Jeu mais à son passé glorieux , à sa jeunesse. . .

Et c'est un homme de cinquante ans qui, mélancolique , ferme les portes de l'établissement et affiche sur les deux battants :" Fermé pour cause de fermeture."

 


The new Rector.

 

Mais la chance qui avait jusque là porté Jean aux sommets -mon ange gardien aime-t-il à dire - ne l'a pas encore complètement abandonné.

Après quelques années de fades engagements dans des orchestres de fosse ou dans de meilleures formations engagées pour distraire les vieilles dames désœuvrées l'après-midi , l'histoire se répète : Oscar Thisse, le vieil ami de l'époque héroïque, décide une fois de plus d'arrêter la musique et une fois de plus, c'est à Jean qu'il confie la reprise de son orchestre. Puis, lors d'une soirée au cours de laquelle Jean teste la méthode qu'il est en train de mettre au point pour gagner à la roulette , au Casino de Chaudfontaine , le propriétaire , déçu par les orchestres qu'il a engagés ces derniers temps , et se souvenant du Rector's  lui propose de remonter un orchestre et de devenir en quelque sorte l'attitré du Paradou de Chaudfontaine, en alternance avec Pol Baud.

C'est le début du "New Rector's" au sein duquel défileront de fabuleux solistes de jazz (Raoul Faizant , Eddie Busnello, Evrard Rosette, etc. . . .) qui , hélas, n'auront pas toujours le loisir de s'exprimer comme ils le pourraient , le grand public n'ayant plus à cette époque une once d'intérêt pour le jazz.

 Il convient en tout cas de noter la réputation persistante de Jean qui lui vaut , dès son retour, des offres pour le bout du monde , offres dont les formules font sourire aujourd'hui :

ainsi , en 1953 , il reçoit sur papier à en-tête de l'"Embassy", restaurant "de l'élite", situé à . . .Baghdad ( ! ) la lettre suivante :

Baghdad, 13 mars 53

Monsieur Jean Bauer,

Chef d'orchestre, Liège .

Cher Monsieur, 

Veuillez me faire savoir d'urgence s'il vous est possible de débuter à Baghdad vers la fin du mois prochain à l'Embassy.

Formation : au maximum 6 éléments pouvant faire un peu de musique légère et de la danse dans le tout dernier style actuel .

Le travail consiste en 45 heures maximum par semaine .

Clientèle de luxe : le Corps Diplomatique , les ministres du pays , la haute société cosmopolite, très à la page pour tout ce qui est musique de danse.

Il faudrait ajouter à votre groupe une jeune et jolie chanteuse au répertoire international   (surtout anglais).

Il faut vous baser sur une moyenne de 2 sterlings et demi par musicien,entièrement défrayés (logés et nourris midi et soir).Les gages sont entièrement nets de taxes et d'impôts .

Nous avons cinq semaines devant nous pour mettre au point votre voyage et vos visas .

Si vous croyez pouvoir faire l'affaire, donnez-moi l'identité de vos boys et de la chanteuse et choisissez des gens sur lesquels vous pouvez compter au moment du départ , car un faux bond au dernier moment nous obligerait à recommencer da capo les formalités de visa qui prennent beaucoup de temps.

Longueur du contrat : 5 mois (prolongeables).Voyage aller en seconde sur terre et classe touriste en bateau .

A vous lire de toute urgence, bien cordialement

Gregor Arassa 333 A4/1/143

Alwiyah, Baghdad.

 

Pour une certaine clientèle , pour un certain public, le Rector's gardera en réalité un certain prestige pendant quelques années encore.Et il y aurait d'innombrables anecdotes à raconter à propos de cet orchestre au personnel particulièrement mouvant: les propositions de tournée mondiale avortées à cause de la peur de l'avion d'un des membres de l'orchestre, la truculence hélas  déjà blasée du grand Raoul Faisant ,Le Rector's essaya de rester digne jusqu'au bout, mais certains de ses membres de passage n'avaient pas la souplesse d'adaptation de Jean ni le talent qui fait tout oublier d'un Faisant ou d'un Busnello.

refusant obstinément de se lever et de faire face au public pour prendre un chorus , les frasques de Busnello( les "racontables" et les autres !) ,l'influence de la crise du pétrole sur la musique de variété ( les fameux "dimanche sans voiture") etc.  etc .

Les années 60 et la vague Yé- Yé , la prise de pouvoir des juke-box et des orchestres "de guitares" vont hélas sonner le glas du New Rector's comme la plupart des orchestres professionnels "jazzy" subsistant en Belgique .

Et sur les quelques témoignages sonores ayant survécu de cette époque , on entend, succédant à une superbe improvisation de Faisant sur "Out of Nowhere" , une version relativement navrante de "Lets Twist again" .

Si pendant les années 20 ou 30 , la promiscuité Jazz/musique de variété n'avait en général rien de choquant, on a du mal par contre à avaler les essais parfois proches du grotesque , il faut bien l'avouer, de certains musiciens professionnels qui ne craignent pas d'agiter le bedon de leur cinquantaine bien sonnée aux rythmes des musiques issues du rock.

Vaille que vaille ; changeant constamment de personnel, le New Rector's se maintiendra jusqu'en 1965.


Le professeur: les années immobiles. . .

 

Et depuis, depuis, le temps s'accélère et dix ans sont passés qu'on n'y a rien vu , pas vrai ? Jean, encore convoqué à l'occasion pour participer à un jury lors de concours de chansons, souvent ringards, tombe petit à petit dans l'oubli. . . S'installe dans un petit studio rue de Gueldre, à Liège qu'il ne quittera plus désormais, au-dessus d'un de ces bordels qu'il a tant et si brillamment fréquenté pendant les lumineuses années 20 , quand être musicien voulait encore dire quelque chose . .

.Il y donne des leçons particulières à des gosses du quartier. Un quartier où les filles l'appellent"le professeur".

Un professeur dont les cheveux ont blanchi, dont le dos s'est voûté mais qui reste néanmoins d'une lucidité et d'une ouverture d'esprit étonnante.

Parmi les élèves qui défilent chez le professeur, un jeune italien qu'on connaît aujourd'hui dans le monde entier ,loin des frontières du jazz, sous le nom de . . .Frédéric François.

Plus éclectique que jamais dans ses goûts musicaux, Jean-qui a dû, bien à contrecœur , abandonner la pratique du saxophone ,puis du violon, puis même de la guitare, écoute un maximum de choses , du classique au jazz, du pop au rétro. Mais plus qu'à un autre moment, son regard s'allume puis s'embue lorsque par hasard glissent sur les ondes "Le chaland qui passe" ou "Salomé", tous ces airs qui réveillent tant de fantômes.

Drôle de fin de vie dans cette ville dont il a croisé tant de musiciens pendant les années de voyage, sans se douter qu'il y passerait la seconde partie de sa vie , dans cet environnement au fil du temps de moins en moins confortable, où , marchant à peine,vieillard devenu, l'ancien dandy verse imperturbablement dans le vieux poêle , payant chaque effort l'un après l'autre, le contenu des grisâtres sacs de charbon qui s'amoncellent à côté de son fauteuil ; le tout avec une lenteur dont les saccades sont presque majestueuses.(1)

Au mur, les photos des grandes années, les smokings et ces instruments clinquants d'où semble monter quand on les fixe une musique bouleversante. . .Les photos dédicacées des plus grands artistes de variétés, tes amis d'alors. . le portrait de ta femme aussi , apaisant après tant de tumulte.

Et heureusement, les amis qui défilent, les fidèles, ceux à qui, du fond de ta solitude sage, tu raconteras cet après-midi encore un des cent mille épisodes de ton épopée. . .

Le jour où paraîtront tes mémoires, Bauerlin, ce sera comme une étonnante photographie du siècle que tu légueras aux générations à venir . . .Merci ! 

(1)Aujourd'hui, après une mauvaise chute, Jean a accepté de déménager: il habite dans une petite maison bien plus confortable mais. . .malgré les photos , les partitions, tous ces témoins du passé qui l'y ont suivi, il a du mal à accepter ce confort, cette "installation", ce repos pourtant bien mérité. . .il voudrait encore être sur la route, à courir la musique et les filles. . la musique, les filles . . .les filles, la musique . . .

 

 

 

 

 

 

Jean Bauer ,dans son intérieur lorsqu'il enseignait la guitare.